PORTFOLIO
Marcel
Le 2 mars 1988, lorsque Vickers ferme officiellement ses portes après 76 ans d’existence, mon grand-père, Marcel Tétrault, est le dernier employé à quitter les lieux.
Pendant 35 ans, il y aura travaillé comme machiniste en passant les derniers six mois à construire des boîtes en bois pour y déposer les machines expédiées sur le fleuve vers leur prochaine maison. À la même époque, dans ses temps libres, Marcel dont cours de danse avec ma grand-mère à leurs amis et se passionne pour la documentation.
En 1987, lors d’un déménagement, alors qu’il s’expatrie comme bien d’autres familles en banlieue de Montréal, une boîte contenant ses projets d'archives est égarée. Un journal de bord des pas de danse enseignés, 2000 photos de notre famille et 500 prises dans l'atelier d'usinage sont alors perdus. Cette performance marque le désir de réincarner les gestes et les souvenirs et ainsi nos archives.
les contours de ta mémoire
tu as grandis parmi les machines
transformé les heures
les traces d’écriture qui fonctionnent
en mouvements mécaniques
accumulé les entrées et souvenirs
les voyages entre comme partie du tout
le fleuve fidèle en repère
sur son long tu as tracé les contours de cette fameuse
jadis érigée près du quartier qui t’a vu naître
prenant bien soin de ne rien omettre
comme un dernier jalon où immortaliser ta mémoire ouvrière
sur ce lieu qui n’est plus
tu vous as ancrés
ici aussi il y a le vide
je me demande de quoi est fait sa poussière
de vos gestes
de vos heures
de quoi nourrir ce qui reste
de vos histoires